Les légumineuses : un héritage alimentaire au cœur des transitions actuelles vers une alimentation végétale
- Adeline Loriou
- 22 janv.
- 4 min de lecture

Des plantes au cœur des premières agricultures
Les légumineuses font partie des premiers végétaux domestiqués par l’être humain. Dès le Néolithique, leur culture se développe parallèlement à celle des céréales et marque une transformation majeure des sociétés humaines : le passage à une alimentation plus stable, stockable et organisée. Cette association ancienne entre céréales et légumineuses a longtemps structuré les systèmes alimentaires traditionnels, en Europe comme dans de nombreuses régions du monde, bien avant l’industrialisation de l’agriculture.
Sur le plan botanique, les légumineuses appartiennent à une vaste famille végétale caractérisée par leur capacité à fixer l’azote atmosphérique grâce à une symbiose avec des bactéries du sol. Cette propriété explique leur rôle historique dans la fertilité des sols et leur place centrale dans les rotations culturales traditionnelles, bien avant l’usage des engrais de synthèse.
Une place alimentaire historiquement différenciée selon les sociétés
La place des légumineuses dans l’alimentation n’a jamais été uniforme. Dans les sociétés rurales et populaires, elles constituaient une base alimentaire régulière, associée aux céréales, tandis que la consommation de viande restait plus ponctuelle, dépendante des saisons, de l’élevage et des ressources économiques.
À l’inverse, aux tables des nobles et dans les milieux aristocratiques, la viande occupait une place centrale, abondante et hautement symbolique. Elle incarnait le pouvoir, la richesse et le statut social, structurait les repas et participait à une mise en scène de l’opulence. Les végétaux, dont les légumineuses, y tenaient un rôle plus discret, souvent cantonné à l’accompagnement.
Les légumineuses ne sont donc ni des aliments « pauvres », ni des substituts par défaut. Leur place dans l’histoire alimentaire reflète avant tout des organisations sociales, culturelles et économiques distinctes.
Un enjeu agricole, écologique et alimentaire contemporain
Si l’intérêt pour les légumineuses se renouvelle aujourd’hui, ce n’est pas uniquement pour des raisons nutritionnelles. Leur rôle dans les systèmes agricoles durables est désormais bien documenté. Grâce à leur capacité à fixer l’azote atmosphérique, elles contribuent à la fertilité des sols, réduisent le recours aux engrais azotés de synthèse et participent à la diversification des cultures.
Cette diversification constitue un levier important pour renforcer la résilience des systèmes agricoles face aux aléas climatiques et économiques. Elle s’inscrit également dans une réflexion plus large sur la souveraineté alimentaire et la réduction de la dépendance aux importations de protéines végétales. Malgré ces atouts, la diversité des légumineuses cultivées et consommées reste encore largement sous-exploitée.
Un intérêt nutritionnel réel, à envisager sans simplification
Sur le plan nutritionnel, les légumineuses présentent plusieurs atouts. Elles apportent des protéines végétales en quantité intéressante, contribuent aux apports en fibres et participent à l’équilibre du microbiote intestinal. Elles fournissent également des micronutriments tels que le magnésium, le potassium, certaines vitamines du groupe B et du fer.
Le fer apporté par les légumineuses est majoritairement du fer non héminique, une forme de fer d’origine végétale dont l’absorption est plus faible que celle du fer héminique présent dans les produits animaux et qui dépend fortement des associations alimentaires au cours du repas. Cette notion de biodisponibilité est centrale : l’intérêt nutritionnel d’un aliment ne se résume pas à sa teneur brute en nutriments, mais à la capacité réelle de l’organisme à les absorber et à les utiliser.
Idée reçue : Il n’est pas nécessaire d’associer légumineuses et céréales au même repas pour couvrir les besoins en protéines. La complémentarité des acides aminés s’apprécie à l’échelle de l’alimentation globale, sur la journée ou la semaine.
Miser sur les associations alimentaires plutôt que sur les volumes
Dans le cas du fer, l’enjeu n’est donc pas de consommer de grandes quantités de légumineuses, mais de les intégrer dans des repas structurés. L’association avec des aliments riches en vitamine C améliore l’absorption du fer non héminique. La présence de sources de fer héminique, même en quantité modérée, comme l’œuf, le poisson ou une portion de viande, facilite également cette absorption.
Les produits laitiers, bien qu’ils ne constituent pas une source significative de fer, trouvent leur place dans l’équilibre global du repas, notamment chez l’enfant, en contribuant aux apports en calcium, protéines et énergie. Cette approche combinatoire permet de couvrir les besoins sans pression quantitative ni logique de compensation excessive.
Une place spécifique chez l’enfant, notamment en cas de difficultés alimentaires
Chez l’enfant, et plus encore chez ceux présentant des difficultés alimentaires, les légumineuses peuvent constituer un outil intéressant lorsqu’elles sont proposées de manière adaptée. Bien cuites puis mixées ou écrasées, elles offrent une texture souvent plus homogène et plus douce que celle de la viande, ce qui peut faciliter l’acceptation chez les enfants sensibles aux textures.
Leur goût, généralement moins marqué, permet une intégration discrète dans des préparations familières : purées, soupes, sauces, galettes ou plats mixtes. Elles ne remplacent pas systématiquement la viande, mais participent à la diversification des sources de protéines, à l’introduction progressive des fibres et à un apport complémentaire en fer, dans une logique de prévention et de réalisme alimentaire.
Des aliments anciens pour penser l’alimentation de demain
Penser la place des légumineuses aujourd’hui, c’est articuler héritage agricole, données scientifiques et projection vers l’avenir. Présentes dès les premières révolutions agricoles, elles se retrouvent désormais au cœur des réflexions contemporaines sur la santé publique, l’environnement, l’accessibilité alimentaire et la transmission des pratiques.
Leur réintégration progressive ne relève pas d’un effet de mode, mais d’une réflexion globale sur la manière de nourrir durablement, en tenant compte à la fois des besoins physiologiques, des contraintes réelles du quotidien et de la relation que chacun entretient avec l’alimentation.
Sources
Les données présentées dans cet article s’appuient sur la littérature scientifique, les travaux de la recherche publique et les recommandations institutionnelles disponibles à ce jour.
Histoire, agronomie et systèmes alimentaires
INRAE – Histoire des céréales et des légumineuses : la révolution agricole du Néolithique https://institut-sophia-agrobiotech.paca.hub.inrae.fr/archives-des-actualites/archives-2023/histoire-des-cereales-et-des-legumineuses-la-revolution-agricole-du-neolithique
INRAE – Huyghe C. et al., Les légumineuses : des cultures clés pour la transition agroécologique, Innovations Agronomiques, vol. 99, 2025https://hal.inrae.fr/hal-04947207v1/file/2025_Huyghe_Innovations-Agronomiques_Vol-99.pdf
INRAE – Rôle des légumineuses dans les systèmes agricoles et alimentaireshttps://hal.inrae.fr/hal-02620492/document
INRAE – Les légumineuses : enjeux nutritionnels, environnementaux et sociétauxhttps://hal.science/hal-01685940/document
Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire – Les légumineuses, une famille de végétaux à redécouvrirhttps://agriculture.gouv.fr/les-legumineuses-une-famille-de-vegetaux-redecouvrir
Fabaceae (légumineuses) – données botaniques généraleshttps://fr.wikipedia.org/wiki/Fabaceae
Nutrition et recommandations
ANSES – Repères nutritionnels, apports en protéines et en ferhttps://www.anses.fr
Organisation mondiale de la santé – Protein and amino acid requirements in human nutritionhttps://www.who.int
Alimentation végétale et pratiques
Observatoire national de l’alimentation végétale (ONAV) – 10 conseils pratiques pour aller vers une alimentation végétale sainehttps://onav.fr/10-conseils-pratiques-pour-aller-vers-une-alimentation-vegetale-saine/
INRAE – La diversité des légumineuses, une ressource encore peu exploitée par l’industrie agroalimentairehttps://www.inrae.fr/actualites/diversite-legumineuses-ressource-exploitee-lindustrie-agroalimentaire



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