Les difficultés alimentaires chez les enfants autistes : mieux comprendre pour mieux accompagner
- Adeline Loriou
- 11 déc. 2025
- 3 min de lecture
Les repas sont souvent perçus comme un moment de partage, de plaisir et de simplicité. Pourtant, pour de nombreux enfants autistes, ils peuvent devenir une source de surcharge sensorielle, d’incertitude ou d’épuisement. Les difficultés alimentaires observées dans l’autisme ne sont jamais assimilables à du caprice : elles reflètent un fonctionnement neurodéveloppemental spécifique, influencé par la sensorialité, la perception corporelle, la motricité et la régulation émotionnelle.
Cet article s’appuie sur de nombreuses études internationales sur les comportements alimentaires dans l’autisme, ainsi que sur une étude de l’Inserm portant sur la perception corporelle chez les personnes autistes.
Une sensorialité différente : un déterminant majeur de l’alimentation
Les recherches internationales montrent que les particularités sensorielles constituent l’un des enjeux les plus importants lors des repas chez les enfants autistes. Les hypersensibilités et hyposensibilités peuvent concerner :
les odeurs,
les textures,
les bruits,
la température,
l’apparence des aliments.
Lorsqu’un aliment est perçu comme agressif, imprévisible ou incohérent sur le plan sensoriel, il devient très difficile — parfois impossible — à accepter. À l’inverse, certains enfants recherchent des aliments très spécifiques pour répondre à un besoin sensoriel particulier.
Ces comportements reflètent des stratégies de régulation, et non une opposition volontaire.
Une perception corporelle différente : ce que met en avant l’étude de l’Inserm
L’étude publiée par l’Inserm explore la façon dont certaines personnes autistes perçoivent leur corps et leurs signaux internes. Elle met en avant des particularités d’intéroception, c’est-à-dire une perception différente de la faim, de la satiété et du confort digestif.
Ces particularités peuvent conduire un enfant à :
ne pas reconnaître qu’il a faim,
ne pas sentir la satiété,
ne pas identifier un inconfort intestinal,
ne pas pouvoir exprimer ses sensations corporelles.
Cette dimension, trop rarement prise en compte dans l’accompagnement alimentaire, explique nombre de comportements déroutants : repas sautés, prises alimentaires soudaines, difficulté à anticiper ses besoins corporels.
Les sélectivités alimentaires : une sécurisation avant tout
La littérature scientifique décrit des sélectivités alimentaires très fréquentes dans l’autisme. Elles reposent souvent sur :
la texture,
la couleur,
la forme,
la marque,
la présentation de l’aliment.
Ces sélectivités sont des stratégies d’adaptation permettant à l’enfant de maintenir un cadre prévisible et rassurant dans un environnement sensoriellement complexe. Les “aliments sûrs” représentent ainsi un pilier de stabilité émotionnelle et sensorielle.
Motricité orale, coordination et fatigue cognitive : des obstacles invisibles
Manger implique une coordination fine et continue : mastiquer, déglutir, manipuler les couverts, gérer les stimuli autour de soi, suivre les règles sociales implicites…Pour certains enfants autistes, ces compétences sont plus difficiles à mobiliser, et l’effort demandé peut conduire à :
une fatigue rapide,
des refus,
des crises,
la nécessité de quitter la table.
Reconnaître cette dimension permet d’adapter le cadre au lieu d’interpréter ces réactions comme un manque de volonté.
Prévisibilité et stabilité : un besoin observé par de nombreux professionnels de santé
Les cliniciens et chercheurs de plusieurs pays rapportent qu’un simple changement dans l’environnement alimentaire peut générer de l’inquiétude chez l’enfant autiste. Il peut s’agir :
d’une modification de l’apparence d’un aliment,
d’un emballage différent,
d’un changement de marque,
d’une nouvelle disposition de la table,
d’un plat présenté autrement.
Ces variations, qui semblent minimes pour un adulte, peuvent représenter une rupture majeure dans les repères de l’enfant. La prévisibilité est un facteur clé de sécurité émotionnelle, indispensable pour envisager progressivement des ouvertures alimentaires.
Une approche respectueuse et fondée sur les preuves
Les stratégies coercitives (forcer à goûter, menacer, conditionner l’accès à un dessert, culpabiliser) aggravent la détresse alimentaire et n’améliorent jamais durablement l’alimentation. Les recommandations actuelles s’orientent vers :
l’exposition douce et non obligatoire,
la co-régulation sensorielle et émotionnelle,
le respect du rythme de l’enfant,
des objectifs progressifs,
une collaboration pluridisciplinaire formée aux TND.
Soutenir un enfant autiste à table, c’est avant tout sécuriser ses sens, son corps et ses émotions.
Sources
Podcast Inserm "Bonjour, je m’appelle Teuse : comment les autistes perçoivent leur corps ?"https://www.inserm.fr/podcast/bonjour-je-mappelle-teuse-comment-les-autistes-percoivent-leur-corps-les-volontaires-s01e07/
Ressource complémentaire (professionnels, familles) British Dietetic Association – Difficultés alimentaires chez les enfants autisteshttps://www.bda.uk.com/resource/what-are-the-difficulties-for-autistic-children-at-mealtimes.html



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