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La sérotonine : un messager clé de l’équilibre émotionnel, corporel et comportemental

Dernière mise à jour : 13 déc. 2025

La sérotonine est un neurotransmetteur central dans le fonctionnement humain. Elle intervient dans la régulation de nombreux processus biologiques et psychologiques, bien au-delà de l’idée réductrice de « molécule du bonheur ». Elle agit comme un modulateur, un système d’ajustement fin qui permet au corps et au cerveau de s’adapter aux variations internes et externes.


Son action concerne chacun et chacune, au quotidien. Comprendre son rôle global est indispensable avant d’aborder ses particularités dans certains fonctionnements neurodéveloppementaux.


1. Le rôle général de la sérotonine


La sérotonine, ou 5-hydroxytryptamine (5-HT), est impliquée dans des fonctions fondamentales qui touchent à la fois le corps, les émotions, le comportement et la cognition. Contrairement à une idée largement répandue, la majorité de la sérotonine est produite dans l’intestin, et non dans le cerveau.


Cette réalité souligne d’emblée son rôle transversal et son lien étroit avec le fonctionnement corporel.


Un régulateur émotionnel, pas un créateur d’émotions


La sérotonine ne « crée » ni la joie ni la tristesse. Elle agit plutôt comme un stabilisateur émotionnel, en modulant l’intensité et la durée des émotions.


Un système sérotoninergique fonctionnel permet notamment :

  • de limiter les montées émotionnelles trop rapides,

  • de réduire la persistance des états anxieux,

  • d’améliorer la capacité à prendre du recul,

  • de favoriser un retour plus rapide à un état de calme.


Lorsque cette régulation est fragilisée, les émotions peuvent devenir plus envahissantes, plus intenses ou plus durables. Cela ne signifie pas que la personne est « trop sensible » au sens psychologique, mais que le système de modulation interne est moins efficace.


Un rôle clé dans l’inhibition et l’autorégulation


La sérotonine est étroitement impliquée dans les mécanismes d’inhibition comportementale. Elle intervient dans la capacité à :

  • attendre,

  • différer une action,

  • freiner une impulsion,

  • ajuster une réponse à la situation.


Autrement dit, elle aide le cerveau à ne pas réagir immédiatement à chaque stimulus. Un déséquilibre sérotoninergique peut se traduire par :

  • une impulsivité accrue,

  • une difficulté à supporter la frustration,

  • une réactivité émotionnelle rapide,

  • une sensation de débordement face au stress.


Ce rôle d’inhibition est fondamental dans la vie sociale, professionnelle et relationnelle.


Un acteur central du stress et de l’adaptation


La sérotonine participe à la régulation de l’axe du stress. Elle influence la manière dont l’organisme perçoit une situation comme menaçante, tolérable ou neutre.


Un bon fonctionnement sérotoninergique favorise :

  • une meilleure tolérance aux imprévus,

  • une récupération plus rapide après un stress,

  • une diminution de l’hypervigilance.


À l’inverse, lorsque cette régulation est moins efficace, le corps peut rester plus longtemps en état d’alerte, avec un impact sur l’énergie, l’humeur et la santé globale.


Sommeil, rythmes biologiques et fatigue


La sérotonine est le précurseur direct de la mélatonine, hormone impliquée dans l’endormissement et la synchronisation des rythmes veille-sommeil.


Elle joue donc un rôle majeur dans :

  • l’endormissement,

  • la qualité du sommeil,

  • la stabilité des rythmes biologiques.


Un déséquilibre sérotoninergique peut perturber ces mécanismes et entraîner :

  • des difficultés d’endormissement,

  • des réveils nocturnes,

  • une fatigue persistante,

  • une sensibilité accrue au stress le lendemain.


Appétit, digestion et axe intestin-cerveau


Environ 90 % de la sérotonine est produite dans l’intestin. Elle intervient directement dans :

  • la motricité intestinale,

  • la perception du confort digestif,

  • la régulation de l’appétit et de la satiété.


Elle joue également un rôle clé dans l’axe intestin-cerveau, réseau de communication bidirectionnel entre le système digestif et le système nerveux central.


Un déséquilibre peut se traduire par :

  • des troubles digestifs fonctionnels,

  • une faim ou une satiété mal perçue,

  • une relation plus complexe à l’alimentation, notamment en période de stress.


Perception corporelle et signaux internes


La sérotonine participe à la perception des signaux internes du corps : fatigue, faim, tension, inconfort ou apaisement. Elle contribue à ce que l’on appelle l’intéroception, c’est-à-dire la capacité à ressentir et interpréter ce qui se passe à l’intérieur de soi.


Lorsque cette perception est perturbée, il devient plus difficile :

  • d’identifier ses besoins,

  • de reconnaître les signaux d’alerte,

  • d’ajuster son comportement en fonction de son état corporel.


2. Particularités de la sérotonine chez les personnes autistes


Chez les personnes autistes, les recherches montrent des particularités du fonctionnement sérotoninergique. Il ne s’agit ni d’un excès ni d’un déficit simple, mais d’une modulation différente.

Certaines études décrivent des taux sanguins de sérotonine plus élevés, sans que cela ne reflète nécessairement son activité cérébrale. Ces variations peuvent influencer la régulation émotionnelle, la perception sensorielle et la manière dont le corps envoie et interprète ses signaux internes.


Dans la vie quotidienne, cela peut se traduire par :

  • une sensibilité sensorielle accrue,

  • une difficulté à identifier la faim ou la satiété,

  • un besoin important de prévisibilité pour se réguler,

  • des troubles du sommeil ou de la digestion.


Les routines et les comportements répétitifs peuvent alors jouer un rôle d’autorégulation face à ces variations internes.


3. Particularités de la sérotonine chez les personnes ayant un TDAH


Dans le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, la sérotonine est souvent moins évoquée que la dopamine, alors qu’elle joue un rôle central.


Une régulation sérotoninergique moins efficace peut contribuer :

  • à l’impulsivité,

  • à la variabilité émotionnelle,

  • à la difficulté à gérer la frustration ou l’attente.


La sérotonine participe également à la qualité du sommeil, fréquemment perturbée dans le TDAH. Lorsque le sommeil est fragilisé, la régulation émotionnelle et comportementale devient encore plus complexe, créant un cercle de fatigue et de réactivité accrue.


4. Le lien entre sérotonine et dopamine


La sérotonine et la dopamine fonctionnent en interaction permanente. La dopamine est impliquée dans la motivation, l’initiation de l’action et la recherche de récompense. La sérotonine, quant à elle, module, stabilise et freine lorsque nécessaire.


Un équilibre entre ces deux systèmes permet d’agir tout en sachant s’arrêter, de rechercher la stimulation sans se laisser submerger. Lorsque cet équilibre est fragile, les réactions peuvent devenir plus intenses, les émotions plus envahissantes et l’autorégulation plus difficile.


Conclusion


La sérotonine est bien plus qu’un « neurotransmetteur du bonheur ».Elle est au cœur de l’équilibre émotionnel, corporel et comportemental. Son rôle touche à des dimensions essentielles de la vie quotidienne : dormir, manger, gérer ses émotions, tolérer le stress, écouter son corps.


Lorsque son fonctionnement est atypique, comme cela peut être le cas dans certains troubles du neurodéveloppement, l’impact se ressent dans de nombreux aspects de la vie.


Comprendre ces mécanismes permet de porter un regard plus juste, plus nuancé et plus bienveillant sur les comportements, en s’éloignant des jugements et des injonctions.


Sources:

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